The Big Picture

Depuis septembre 1977, un disque en or gravé par l’astronome Carl Sagan -missionné par la NASA-, fait sa route interstellaire au delà de notre système solaire, à la vitesse de 39 000 km/h. Il gravite bien loin de la planète Terre, à bord de Voyager.

En mars 2011, 10 équipes, constituées de 7 à 8 étudiants de l’IFM et de l’ESCP chacune, ont pour mission de créer une capsule d’informations encodées, pour transmettre à ses destinataires extra-terrestres une idée plus juste de l’état de l’humanité.

m-O produit et anime cette expérience inédite de management de la création depuis lundi dernier, à l’IFM. Les capsules créées seront évaluées mardi prochain par un Grand Jury rassemblé autour de Jean-Marie Massaud, et visibles le soir même sur le site du projet : www.big-picture-project.com

Les premiers jours du séminaire ont été l’occasion pour les groupes de confronter leur vision, en construction, à celles d’intervenants invités dans le cadre d’un « mini-TED » : le photographe Jonathan de Villiers (Self Service, Vogue, Numéro, L’Officiel…), les membres de l’atelier de Xavier Veilhan (artiste contemporain), Yorgo Tloupas (directeur artistique), Jean-Pierre Luminet (astrophysicien), Ali Saïb (directeur de la Recherche au CNAM), Dominique Noël (spécialiste d’intelligence artificielle), Charles Pépin (philosophe), Alice Audoin (spécialiste de développement durable, journaliste et romancière), Fabrice Bonnio (professeur à l’Institut d’Etudes Supérieures des Arts sur les industries culturelles et la création musicale), Charles Roullet (directeur innovation de L’Oréal).

Pour The Big Picture Project, la limite est fixée à un maximum de :

–        20 images fixes

–        5 vidéos / films

–        20 morceaux de musique

–        5 enregistrements sonores (sons, discours, bruits de la nature…)

–        20 textes

–        Un texte qui aura fonction d’édito pour chaque capsule

La capsule doit respecter un principe : son intérieur est digital alors que l’extérieur est un objet concret. La création de l’enveloppe extérieure de la capsule est libre.

Pourquoi un mini-TED ?

C’est en allant au-devant de l’altérité que le champ des perspectives s’élargit, c’est en rencontrant et se confrontant aux idées et parcours des autres qu’un déplacement dans la lecture du monde qui nous entoure est possible. Rencontrer quelqu’un est par nature, si l’on convoque assez d’empathie pour adopter pendant le temps de cet échange le point de vue de la personne que l’on rencontre, un changement de perspectives. Il s’agit de se mettre à la place de son interlocuteur, de voir les choses et le monde à partir de là où il se situe.

Depuis une quarantaine d’années, l’humanité a pris de la hauteur, au sens propre : les premières images de la Terre prises depuis un belvédère situé à des années lumières de Gaïa élargissent notre vision, modifient le point de vue que l’humanité a sur elle-même et son environnement, déplacent nos perspectives. C’est précisément l’exercice auquel sont invités les étudiants pendant ces rencontres : comprendre des points de vue différents, déplacer leur regard, adopter des prismes nouveaux pour tenter d’embrasser du regard leur époque, avant d’en saisir une vision aussi satisfaisante que possible.

TED est le nom d’une conférence importante (TED = Technology Entertainment Design) qui se tient à Monterey en Californie, et plus récemment deux fois par an dans d’autres villes du monde. Son esprit universaliste et humaniste anime également le projet Big Picture, qui s’appuie sur un même constat : l’information est devenue la sève de la planète. Mais elle peut aussi nous submerger, voire nous faire suffoquer, si l’on n’apprend pas à la trier, à l’éditer, à faire des choix.


Laurent L

Publié dans le numéro 29 de Magazine vol 1 – Avril à Mai 2005 / publié ici et maintenant à l’attention d’Aurore V, qui découvre Malsapé :

Il y a des semaines que je suis enfermé chez moi, sans radio ni télévision. Mon paysage sensible est composé du seul cri insolite et rare des mouettes dans Paris. Cette cécité temporaire n’aurait rien permis d’écrire pour cette rubrique « Rencontre » si Laurent Laurent ne m’avait remis, dans un petit sac en plastique de la Fnac, la cassette enregistrée lors de la dernière rencontre participative (RP) de Malsapé sur le thème « I’m différent but we are tous pareils ! ».

Dans le sac, l’affiche annonçant la « performance organisée dans la différence générale », « mercredi 2 mars 2005, rendez vous à 11h50 dans le Trou des Halles, entrée de la porte du Louvre, Bourse du commerce, au pied de la grande colonne.»

Comme les Watoo Watoo, Malsapé répond à l’appel des sirènes de sécurité, qui chantent à midi pile, le premier mercredi de chaque mois.

« On entend la sirène….. Normalement, on devrait entendre plusieurs sirènes, parce que c’est en stéréo à Paris. Vous avez remarqué que les cloches de Saint-Eustache étaient synchro. Donc l’église est en résonance avec l’Etat. Normalement, il y a quatre coups… – bonjour, venez…. enchanté… vous venez pour euh… d’accord ! – eh ben, venez, ça commence… Je disais que le temps était idéal, c’était complètement prévu, parce que c’est une action artistique de l’extrême, donc là, au point de vue température, de la neige… ah, la sirène sonne quatre fois, ça prouve que ça marche en cas de catastrophe. Et elle va re-sonner à midi dix, une fois. Voilà.

Aide moi Alexandre… (aux autres ) : C’est une rencontre participative, donc les gens font des trucs. (Frottements) – Tiens, tu veux tenir mon sac ? merci.

On sent la fraîcheur en nous, comme si l’on buvait quelque chose de frais. Ensuite je voudrais rendre hommage au trou des Halles, puisque c’est un peu lui qui fait la vie centrale à Paris, notre vie, sans lui on serait différents. Et donc, on propose comme explication un gigantesque terrier humain, qui vient avec une entrée, ici, qui est quand même peu utilisée, assez discrète, il fallait connaître un petit peu plus… et puis Freud disait « on jouit par les orifices », donc… ok, ce n’est pas lui qui l’a dit, mais il l’a explicité… donc Trou des Halles, trou idéal.

Maintenant, on va installer le ski mental, ça va prendre une minute… (cloches, frottements). Alors, un petit bout de scotch… vous m’en préparez trois-quatre… là, c’est bon, ça va aller.

On va se servir de la piste de ski. Attention, c’est une piste de ski à partir de maintenant… Alors, le but du truc… approchez vous, je ne veux pas hurler… donc, vous voyez les deux bords, là. Il faut se mettre en position de ski, c’est-à-dire légèrement comme ça, le long de la rampe en pierres… celle là… à hauteur des yeux, comme ça, l’œil éteint, simplement immobile… attendez, je vais le faire d’abord… vous vous imaginez que les deux bords sont à 50 m ou à 100 m, donc ils vont avancer lentement… allez-y monsieur, regardez bien les bords, loin loin loin, comme ça vous êtes au ski… un peu plus que ça, au ski, voilà… ça marche… c’est une piste bleue, c’est un boulevard… il n’y a pas de sapin… et là, vous dérapez, vous venez déraper ici, comme ça… pieds joints, voilà… bravo, très belle position pieds joints…»

(Le groupe, onze personnes en tout, refait une descente, puis Laurent Laurent les guide plus bas dans le forum.)

« STOP. Est-ce que vous êtes déjà venus ici ? Non, personne ne vient ici. Donc c’est un endroit peu visité. Je vais vous faire voir quelque chose. Voyez, au Forum des Halles, on va avoir plein d’endroits qui sont normalement non visibles, et qui sont le terrier dans le terrier. Ça, c’est un terrier qui a été laissé brut de béton, on voit encore les inscriptions des ouvriers sur les murs. Et ici je voudrais rendre un hommage aux pigeons. Parce que les pigeons viennent là. (Changement de ton, Laurent Laurent s’adresse aux pigeons) – Par ton obstination, par ton nombre grandissant, par ton manque d’idée, tu as réussi à mettre en cause l’architecture moderne. Ta vengeance est implacable et nous constatons ta victoire. (quelques gloussements impossibles à contenir, auxquels Laurent Laurent ne prête pas attention): « On continue.»

(Sons inidentifiables, brouhaha de plus en plus présent, musique d’animation commerciale.)

« Bon, on accélère un peu, sinon on va en avoir pour une heure. Donc le pédo-feeling, c’est la propension qu’ont les gens à s’habiller de plus en plus serré près du corps. Là, j’ai mis ces habits « age 7 ans ». Le pantalon, c’est un vrai pantalon, assez moulant, mais c’est du 7 ans, alors bon, je suis un peu gros d’origine, et puis j’ai lavé le polo et il a un peu rétréci, mais avant il arrivait là. Petite bande (celle de son ventre qui dépasse ?). La ceinture, c’est une ceinture rallongée de chez Bill Tornade, et je n’ai pas mis les mêmes chaussures que dans le cahier de style*, que je vous ferai voir tout à l’heure… Je reboutonne, et c’est insupportable, parce quand même ça crée des contensions, mais que ne ferait-on pas pour sortir… alors… les monstrations, c’est important, parce que Malsapé Paris s’occupe de l’enveloppe charnelle, donc c’est pour ça que c’est important une petite chose comme ça.

« Maintenant, on va faire un travail sur le gant. Vous avez trouvé des gants, des gants perdus. Et vous en avez déjà perdu, des gants… J’ai trouvé tout ça cet hiver, facilement (il fouille encore dans son sac). On va faire l’essai avec les gens qui passent. Un gant perdu…. On attend… on regarde un peu… ils l’ont vu… Pour l’instant, tout est classique, essayons de ne pas trop regarder… ah, merde… (il intervient) Attendez monsieur, c’est mon gant… » (Réponse d’un homme avec un fort accent africain) : -« mais on est là pour ça nous, héhé… » (On entend comme une fouille dans un sac poubelle, et fin de la face A. Il faut se reporter au compte-rendu de Laurent Laurent envoyé par e-mail pour comprendre ce qui est arrivé dans les minutes qui n’ont pas été enregistrées) :

Intervention des pompiers dans la rencontre

Un impondérable majeur arriva lors du « passage des gants perdus ». Avant tout, il faut dire que cet hiver nous avons entrepris de ramasser tous les gants perdus à Paris en vue d’un travail de restitution. Dans cette grande allée du Forum, entre la place carrée et le complexe Cinéma, il en fut mis 1, 2, 3 puis 5 ou 6… en présence malencontreuse sur site des pompiers, qui vinrent en interaction avec nous immédiatement. Nous demandant si l’on avait l’autorisation. Les passants voyaient que des gens ayant le statut d’artistes interagissaient avec les pompiers et les gants par terre. Nous répondîmes qu’il ne nous semblait pas nécessaire d’avoir une autorisation pour perdre un gant, fut-il pluriel… Négatif. Ils le prirent un peu de haut, nous croyant subversifs. Alors afin de cacher notre travail de prise de possession de l’espace sous-terrain public mercantile, je mentis éhontément en leur disant : « on s’amuse ». Ce à quoi, ils opposèrent une fin de non recevoir, dénégation stricte.

Nous n’en tiendrons pas rigueur aux pompiers, dont nous saluons

l’utilité fondamentale. Mais, militaires à la base, inconsciemment ils nous apportèrent la preuve absolue de notre « I’m différent but we are tous pareils ». Tout le monde est un individu libre à condition de faire comme tout le monde. Voir aussi les comportements dans les fêtes, au restaurant, en vacances et dans les installations d’art…

« Est-ce que vous connaissez cette petite salle ? personne ? On va y rentrer, sans faire de bruit. » (Ils entrent. Atmosphère feutrée, les bruits du Forum disparaissent, minuscule musique lascive au loin. Puis Laurent Laurent parle à voix basse) : « Venez, approchez vous, je ne vais pas hurler. Alors cette petite salle est jolie, hein, je crois qu’elle est assez charmante, elle date d’époque, mais sans époque, elle est quand même assez agréable, on voit les murs, le bois, pas mal de bois, il y a le même parquet que chez moi, pour ceux qui connaissent etc… alors j’en profite pour vous dire qu’ici (on entend les boules de billard qui s’entrechoquent), on est comme au cinéma, au cinéma plus qu’au théâtre, parce qu’au cinéma on peut chuchoter, comme maintenant. Au théâtre, impossible d’avoir une ambiance comme ça. Avec le bruit du billard, et le chuchot, hein, moi j’appelle ça un chuchot. Voilà, c’est tout ce que je voulais faire parce qu’ici on est un peu dans un film, d’accord, en gros plan. C’est tout ce que je voulais dire. On va ressortir. Et moi le billard, je m’en fous, je m’en fous complètement.»